Bilan de la projection du film « Batallas íntimas » de Lucía Gajá, le 9 octobre 2019

Article préparé par Héloïse Van Appelghem

Lucía Gajá, invitée d’honneur du Festival Photo: ERFV

Le mercredi 9 octobre marquait la troisième soirée du festival Le documentaire engagé dans les Amériques, au cinéma Le Studio à Aubervilliers, avec la projection de Batallas íntimas de Lucía Gajá pour la première fois en France. La réalisatrice est l’invitée d’honneur du festival, venue spécialement du Mexique pour présenter son film porteur d’un discours puissant, et pour débattre avec le public après la séance.

Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: ERFV

Dans le contexte de l’après #MeToo, et un mois après la tenue du premier Grenelle contre les violences conjugales organisé par le Gouvernement en France, alors qu’une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint, le documentaire sur ces « batailles intimes » menées par les femmes aussi bien dans la sphère publique que privée était très attendu. C’était un moment fort de la semaine, où le public était au rendez-vous pour découvrir à l’écran le témoignage de cinq femmes courageuses, fortes, reliées par leurs traumas et leurs combats. Des récits pluriels et inspirants qui ont permis la tenue d’une discussion passionnante entre Lucía Gajá et les spectateurs et spectatrices en fin de projection.

Photo: ERFV

En début de séance, Tania Romero Barrios a évoqué la portée politique des films projetés pendant le festival tout en rappelant la programmation riche prévue jusqu’à dimanche, puis a laissé la parole à Marianne Bloch-Robin et Véronique Pugibet qui ont remercié Lucía Gajá. Son parcours a ensuite été présenté par Héloïse Van Appelghem : Lucía Gajá a été nommée trois fois aux Ariels de l’Académie Mexicaine des Arts et Sciences Cinématographiques, et a été récompensée d’un Ariel pour son documentaire Soy(2005) qui s’intéressait avec justesse aux jeunes enfants souffrant de paralysie cérébrale. Les différentes réalisations de Lucía Gajá portent toutes un propos social et politique engagé, au service des plus démunis, leur donnant un nouvel espace de parole et de visibilité. C’est le cas avec Mi Vida Dentro (2007) qui a recueilli sept prix dans différents festivals, et bien sûr avec Batallas íntimas.

Après la projection, Lucía Gajá est revenue sur la genèse du film. Alors qu’elle cherchait des idées pour son deuxième long-métrage, c’est un article du périodique espagnol El País sur un féminicide (un homme de soixante-quinze ans poignarde sa femme le jour de son anniversaire, pendant une réunion de famille) qui la choque et la questionne : « comment peut-on passer toute sa vie avec quelqu’un et être capable du pire ? ». Elle décide alors de faire un film autour de la violence domestique afin de comprendre les racines de cette violence et ses spécificités selon les cultures, tout en remarquant à travers ses recherches que cette violence se répète, comme un motif, selon les différents pays.

Photo: ERFV

Face à la question éthique de représenter la violence sans en faire un spectacle victimisant à nouveau les femmes qui témoignent dans le documentaire, la réalisatrice a expliqué au public qu’elle souhaitait reconstruire le récit passé de chacune en partant de leur propre voix et en excluant toute représentation graphique. Ainsi, le film ne présente aucune image de violence explicite et préfère se concentrer sur le courage de femmes qui ont dû surmonter et traverser ce processus de violence. La réalisatrice a aussi souligné l’importance du témoignage au sein du cinéma documentaire : la force de parole rendant parfois inévitable la résurgence d’événements traumatiques racontés pour certaines femmes, il était important de les accompagner par un dialogue constant, afin qu’elles puissent sortir du cadre des violences. Dans cette perspective, il était nécessaire de clôturer le film sur un lieu différent de l’espace de production des violences, afin de montrer une voie possible de sortie : le mouvement permet de montrer le parcours réalisé par chaque femme résiliente, et remplace l’immobilité induite par l’enfermement de la maison, lieu du domestique et du statique qui ouvrait le documentaire.

Lucía Gajá Photo: ERFV

Lucía Gajá a enfin souligné la force militante de son film, fait par une femme, sur des femmes. Son documentaire a été ainsi utilisé comme support éducatif au Mexique dans les collèges afin de visualiser le processus des violences, déconstruire les stéréotypes et la réification des femmes, afin de lutter contre les féminicides. En proposant des féminismes pluriels, portés par la langue maternelle de chacune, qu’elle soit finlandaise, étatsunienne, mexicaine, indienne ou espagnole, la réalisatrice réussit à reconstruire un espace de parole légitime. Cet espace « safe », d’écoute et de confiance exclue toute voix masculine susceptible de remettre en question les violences domestiques, et permet d’aider de possibles spectatrices violentées à prendre conscience des maltraitances dont elles sont victimes pour s’en sortir.

Ainsi, Batallas íntimas suscite autant l’émotion que la réflexion, permettant de s’interroger en tant que société sur le système patriarcal et la reproduction des violences qu’il produit, tout en donnant à voir le long chemin de résilience parcouru par des femmes dont la force de vie génère l’admiration.

Retour en images sur la soirée du 9 octobre 2019!

Marianne Bloch Robin, Véronique Pugibet, Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Le public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Le public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Le public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Véronique Pugibet et Marianne Bloch Robin Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Michelle Salord López Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Michelle Salord López Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Elcira Leyva Quintero Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo

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