Brève critique des courts métrages

Article préparé par Elcira Leyva Quintero

ICI- de Cayetano Espinosa

Le réalisateur Cayetano Espinosa choisit l’Amazonie péruvienne comme lieu de déroulement de son film en reconstruisant l’histoire de deux femmes de la communauté indigène “Isconahua”. À travers leurs témoignages de mémoire, leur douleur et leur sentiment de deuil, les femmes retracent le processus de déplacement et la perte d’identité dont souffrent les communautés indigènes de cette région en raison d’un système de développement occidental qui rend invisible les droits des communautés ancestrales. Le récit oral des femmes sur des événements passés présente des similitudes avec une étude de type anthropologique. La construction du scénario, à partir de l’usage de la langue ancestrale des protagonistes du film, permet aux spectateurs de construire une relation intime entre mémoire et identité collective. Le récit oral des protagonistes offre un regard critique qui donne la parole aux femmes et explore aussi l’univers féminin des communautés indigènes.

L’immensité du paysage amazonien vient renforcer visuellement les luttes de résilience féminine autour de la défense du territoire et la prévalence des sons de la nature est utilisée comme élément clé pour démontrer l’isolement et l’invisibilisation des problématiques des communautés ancestrales dans des régions rurales de l’Amérique Latine. La caméra apparaît donc comme un témoin des histoires de vie personnelles et des formes de vie alternatives actuellement en voie de disparition. ICI “ utilise le territoire et l’image pour créer un essai sociologique, dans ce cas un essai documentaire”.[1] Il ouvre la porte à l’exploration des structures sociales et des logiques de pouvoir et de domination intrinsèques dans les territoires les plus reculés de l’Amérique Latine. 

SOL NEGRO de Laura Huertas Millán

À travers la mise en scène de Sol Negro, la réalisatrice Laura Huertas Millán nous introduit dans l’univers d’une réalité toujours “tabou” dans les sociétés contemporaines, celle de la mélancolie et de la dépression (souffrances mentales très répandues aujourd’hui et qui, en général, affectent de manière très différenciée hommes et femmes). Affectée directement par ces sentiments, le personnage principal, Antonia Marin, construit un récit sur la relation entre ses sentiments et l’influence des liens familiaux et des expériences passées en montrant comment elles touchent son cercle des personnes plus les proches.

La douleur et la réflexivité sont les éléments principaux des récits construits tout au long du film qui utilisent la figure féminine comme outil principal principal de dialogue entre des individus qui souffrent directement ou indirectement des luttes internes du personnage principal. La voix féminine est donc une sorte de témoin d’une histoire de vie avec des contrastes qui révèlent des épreuves personnelles endurées par la protagoniste en essayant de reconstruire un regard réflexif et compréhensif des expériences et des événements passés.

Bien que la douleur soit un élément constitutif de la dynamique narrative du film, la capacité de réflexivité et le dialogue ouvert autour des expériences douloureuses constitue un outil pour construire un sentiment  d’espoir autour de l’histoire de vie des individus ainsi qu’un outil important pour comprendre le postulat psychanalytique freudien qui nous parle de la capacité humaine à transformer le passé par la reconstruction de formes renouvelées d’association et de réflexion.

HORSE DAY de Mohamed  Bourouissa

Mohamed Bourouissa, de nationalité franco-algérienne, explore les dynamiques d’association et de construction d’identité collective des membres d’une communauté urbaine à Philadelphie aux États-Unis autour de la préparation d’un événement culturel et artistique particulier auquel tous les habitants (une population majoritairement migrante aux origines ethniques, culturelles et religieuses diverses) participent activement. Le film se déroule donc à partir de la mise en œuvre de la compétition annuelle des Cavaliers, une activité culturelle particulière que rassemble des habitants d’un quartier défavorisé de Philadelphie.

Horse Day parvient à dépeindre des expériences de savoir vivre en communauté avec des groupes aux origines ethniques et culturelles différentes. Le film réussit à capturer la façon dont il est possible de construire des liens de solidarité, d’amitié et des expériences pacifiques de vie en commun dans un même territoire avec des personnes aux origines différentes. Les liens de travail en équipe et des points communs sont, pendant le film, mis en valeur comme une manière de construire des liens de solidarité et d’échange autour d’une activité pour renforcer les liens d’appartenance à un territoire.

La compétition des Cavaliers qui se déroule dans le quartier, constitue une activité qui vient renforcer les liens de construction d’identité collective autour des logiques de loisir et de partage avec des membres des quartiers défavorisés de Philadelphie. Comme les participants l’affirment : « Peu importe de remporter le prix, le but est de s’amuser autour d’une activité construite en collectivité ». La mixité est donc exprimée comme la possibilité de construire des liens et de détruire des barrières de stigmatisation dans des sociétés avec un grand degré de mixité sociale et culturelle.


[1]VANDER GUCHT, Daniel. « Ce que regarder veut dire. Pour une sociologie Visuelle », Paris, Les impressions Nouvelles 2017, page 217.

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