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Remise des prix!

Article préparé par Angélique Saverino

Le festival Le documentaire engagé dans les Amériques a pris fin dimanche après une semaine intense de projections qui nous ont invité.e.s à la réflexion sur certains dysfonctionnements de notre société!

Le jury du festival Le documentaire engagé dans les Amériques a choisi de décerner son prix à:

la réalisatrice mexicaine LUCIA GAJA pour son long-métrage Batallas íntimas!

« Nous avons d’abord été conquises par la force de l’engagement de la cinéaste auprès des femmes victimes de violence de genre. Elle a su construire son récit en leur laissant la parole. Nous pensons que ce film rare contribue puissamment à la prise de conscience internationale de l’ampleur de ce fléau qui touche toutes les aires géographiques et tous les milieux sociaux. Ce film est d’autant plus précieux et courageux que les combats féministes connaissent à l’heure actuelle des forces antagonistes des plus virulentes dans le monde entier.
En outre, la dénonciation et la résilience évoquées par Batallas
íntimas sont portées par un langage profondément cinématographique qui a touché le jury. Ce documentaire est l’œuvre d’une cinéaste, une œuvre de création, qui suggère, à travers un riche réseau métaphorique visuel et sonore, le point de vue et la sensibilité d’une artiste. Les magnifiques plans de statues sous-marines rongées par les algues mais aussi tendues vers la lumière, les maisons éventrées à l’intimité violée, les images des fenêtres qui enferment et libèrent, la musique qui ne prend pas en otage le spectateur, mais contribue à son cheminement, ont marqué notre imaginaire et notre réflexion de leur pouvoir évocateur. »

Dans le cadre d’un partenariat avec la Cinémathèque du documentaire à la BPI, vous aurez ainsi l’opportunité de revoir le documentaire au premier semestre 2020.

Coup de projecteur sur Norbert Boyer, projectionniste passionné

Article préparé par Héloïse Van Appelghem et Alice Langlois

La découverte sur grand écran d’une partie manquante des sous-titres de la bande-annonce du festivalprovoqua une rencontre atypique. Norbert Boyer surplombe les spectateurs qui, tranquillement, profitent de la séance. Comme projectionniste, il est là, invisible, agissant dans l’ombre. C’est assis à son bureau, les yeux rivés sur l’écran de son ordinateur, maîtrisant le projecteur SONY qui émet sans cesse un bruit de fond, que Norbert Boyer, entouré de pellicules, d’affiches et de projecteurs, veille à ce que la diffusion des films sélectionnés par notre équipe se déroule sans encombre. Sans lui : bande-annonce coupée, formats numériques déréglés et bugs informatiques assurés. Vous l’aurez compris, pas d’expérience cinématographique sans Norbert.L’équipe a souhaité dresser son portrait. Il a permis la projection de tous les films programmés pour le festival du documentaire engagé dans les Amériques. Après une discussion riche à bâtons rompus, nous avons souhaité lui rendre hommage et le remercier pour tout son travail effectué. Coup de projecteur sur Norbert ! Retour sur sa cinéphilie, son parcours artistique et son métier passionnant.

Un parcours professionnel riche et éclectique

Norbert Boyer, 56 ans, travaille au cinéma Le Studio à Aubervilliers depuis 1997. Avant d’être embauché par Christian Richard, ancien directeur du cinéma, Norbert exerçait au cinéma L’étoile de La Courneuve tout en effectuant des remplacements au Studio pour des séances scolaires en journée.

Lyonnais d’origine, il monte de Toulouse à Paris à la fin des années 1980 pour entrer au Conservatoire Libre du Cinéma Français (CLCF), situé Quai de l’Oise, où il suit une formation d’assistant réalisateur durant deux ans tout en rêvant un jour d’être réalisateur :

« J’ai commencé à faire des petits boulots sur des courts et moyen-métrages, comme électricien, machiniste, assistant-réalisateur, régisseur… Le problème était que je gagnais peu ma vie avec ces petits boulots, d’autant que je n’avais pas beaucoup de relations […] Quant à la réalisation de courts-métrages, à l’époque, c’était toute une aventure ! Il fallait se procurer de la pellicule, louer du matériel de tournage, des caméras 16 ou 35mm, faire développer les rushes en laboratoire… Aujourdhui, avec les techniques numériques, la réalisation de courts-métrages s’est considérablement démocratisée. »

Sa vocation de projectionniste, il la doit à un heureux hasard : c’est rue de Malte, à l’ANPE Spectacles, où, cherchant du travail comme assistant-réalisateur, il découvre des annonces à foison à destination des projectionnistes :

« Au début des années 90, la législation est devenue plus rigoureuse quant à l’obligation du CAP de projectionniste, car cette formation comportait un volet ‘‘sécurité du public’’. Auparavant, vous pouviez rentrer dans une cabine et le projectionniste vous disait : ‘‘Tiens, surveille le projecteur, je vais boire une bière’’, et vous deveniez projectionniste ! C’est une légende, mais elle recouvre une certaine réalité […] Suite à la législation, beaucoup d’anciens qui étaient devenus projectionnistes parce qu’ils avaient ‘‘vu de la lumière’’ devaient donc retourner sur les bancs de l’école ».

Ainsi, en 1995, suite à une formation rapide de projectionniste de quatre semaines sanctionnée par un CAP qui lui permet de renforcer ses connaissances techniques préalables, Norbert rejoint les métiers de l’ombre du Septième Art.

Rêve de réalisation et imaginaire de l’enfance : capturer les images pour mieux les projeter

Quand Norbert parle de cinéma, c’est avec beaucoup d’amour et des souvenirs forts de son enfance. C’est de là que vient sa cinéphilie, et sa malice pour la capture d’images, lui qui aimait déjà écrire, faire des bande-dessinées et raconter des histoires à son petit-frère :

« Enfant, nos parents nous interdisaient à mon frère et moi de regarder la télévision. Alors, quand c’était possible, je ‘‘volais’’ des images sur l’écran du téléviseur, puis je brodais autour, j’imaginais des histoires que je racontais ensuite à mon jeune frère. Raconter des histoires me passionnait. »

Ce pouvoir de l’imagination et sa passion pour les histoires et le dessin le mènent à passer le concours des Beaux-Arts :

« Enfant, j’aimais beaucoup dessiner. Parce qu’un dessin, une photo ou une peinture m’inspiraient aussi des histoires ! Adolescent, j’ai passé le concours national des Beaux-Arts de Lyon, que j’ai malheureusement raté à une place près. Je me suis alors orienté vers la technologie, qui m’intéressait également […] Finalement, mon métier de projectionniste, un peu à l’instar de celui de réalisateur, réunit mon goût pour les techniques et mon inclination pour les histoires. »

Il revient à la fameuse question poétique du « vol des images », qui permet de comprendre pourquoi son métier joue un rôle dans son histoire personnelle : « attendez, c’est important ! », précise-t-il.

« Un soir dans ma régie, j’ai réalisé pourquoi j’étais devenu projectionniste : alors que je me penchais pour contrôler l’image projetée à travers la lucarne de ma cabine, je me suis revu enfant ‘’dérobant une image’’ ; le même mouvement, la même sensation ! »

On analyse avec lui : s’il a été privé d’images, il a sans doute voulu se les réapproprier, en devenant maître de cet espace de cinéma afin de contrôler des images, avec ces multiples écrans (l’ordinateur, l’écran numérique du projecteur, l’écran du cinéma) qui entourent son quotidien. Norbert approuve :

« C’est une voie d’explication possible quant à mon choix inconscient pour ce métier : m’approprier ‘‘l’espace de projection’’ comme pour conjurer l’interdiction qui m’était faite de regarder la télévision quand j’étais petit. Et puis cette idée que je me faisais des films dans ma tête, en somme que j’étais mon propre projectionniste… »

C’est donc le plaisir de piquer une image, ou même d’écouter, d’imaginer ce qui peut se passer, avec sa cinéphilie également, qui expliquent le choix de métier de Norbert.

De la SF au cinéma d’auteur : une cinéphilie grandissante

Il garde en mémoire des films grandioses qui lui ont donné le goût du cinéma :

« J’ai eu la ‘‘chance’’ de voir des films populaires considérés comme mythiques aujourd’hui, sortis dans les années 70-80. Par exemple, La Guerre des Etoiles en 1977 ; j’avais 14 ans et je me souviendrai toujours de la première scène du film, avec l’apparition de l’énorme Destroyer stellaire de Dark Vador. Puis Alien, le huitième passager en 1979, ou encore Midnight Express ou Birdy d’Alan Parker, des films qui m’ont fortement impressionné ! Plus tard, j’ai découvert les films de Sergio Leone dont Il était une fois en Amérique, que je ne me lasse pas de revoir, et ceux de Michael Cimino, La Porte du Paradis ou Voyage au bout de l’enfer qui me fascine toujours autant, moins pour ses scènes spectaculaires que pour sa longue séquence de mariage qui introduit le film et que je trouve magnifique ! Excusez-moi, l’évocation de cette scène m’émeut toujours un peu ! »

Ses réminiscences heureuses et pleines d’émotion vive qu’il partage avec nous ne manquent pas de nous toucher et d’alimenter une mémoire cinéphilique commune. Après avoir cité plusieurs films de science-fiction, il cite également le cinéma d’auteur, qu’il a découvert au Conservatoire Libre du Cinéma français :

 « J’y ai découvert les films d’Alain Resnais, de Truffaut, de Renoir, ou encore d’Orson Welles, comme Falstaff. Ce fut un choc pour moi car ma cinéphilie à l’époque se résumait aux films populaires que j’évoquais précédemment. Je ne savais pas de quoi on me parlait, j’ignorais que ce genre de films existait. Puis, grâce au cours de sémiologie de l’image notamment, je me suis éveillé aux films d’auteur pour les intégrer dans mon champ cinématographique. »

A l’image de ses affiches nombreuses qui ornent les murs de sa cabine (Nick Cassavetes, Sergio Leone, ou encore Jean Renoir gardent cette antre sacrée), Norbert pourrait parler des heures des anecdotes de sa vie de projectionniste (cette annonce d’emploi de projectionniste cachée dans un tiroir de l’ANPE qu’il réussit à obtenir), de son enfance (le théâtre de marionnettes qu’il jouait pour son frère), ou de son parcours. Quand on lui demande s’il se souvient du tout premier film qu’il a projeté, un événement étonnant le marque particulièrement :

« Il m’est arrivé quelque chose d’incroyable lors de la projection d’Apollo 13 au cinéma l’Etoile de La Courneuve en 1995 : à l’instant précis où la capsule d’Apollo 13 pénètre dans l’atmosphère terrestre et s’enflamme, la pellicule s’immobilise dans le couloir de projection et se consume sous l’effet de la chaleur de la lampe du projecteur ! La plupart des spectateurs pensaient que l’image qui brûlait à l’écran faisait partie des effets spéciaux du film. »

Une journée-type, et le plaisir du métier

Après plusieurs années de métier, Norbert aime toujours autant ce qu’il fait. D’une part parce qu’il continue à manier plusieurs machines, et d’autre part car il continue à aiguiser sa curiosité, et tente de connaître et apprendre toutes sortes de technologies liées à son quotidien. Il nous raconte ainsi le déroulement d’une de ses journées de travail :

« Pendant une projection, mes activités sont variées : je gère le suivi des films, je prépare les playlists, je gère les espaces de stockage, je mets à jour les informations sur le site Internet du cinéma que j’ai créé (https://lestudio-aubervilliers.fr), je lis les mails, et beaucoup d’autres choses encore : numérisation de fichiers vidéo, préparation des projections multimédia, gestions des problèmes techniques quand ceux-ci surviennent, etc. »

Puis vient l’explication de son travail complexe avec le projecteur numérique et la lecture des images :

« J’ai travaillé sur les projecteurs 35mm pendant quinze ans, en double poste : cette technique consiste à opérer un enchaînement d’un projecteur à l’autre durant la projection du film en s’aidant de repères placés au préalable sur l’image, ce qui constituait à chaque fois un petit défi afin que les spectateurs ne se rendent compte de rien ! Mais depuis six ans environ, l’essentiel de nos projections au Studio est numérique. Les films numériques ou DCP (Digital Cinéma Package) sont proposés sur disques durs ou sous forme dématérialisée téléchargeable depuis des plateformes spécialisées sur Internet. […] La plupart des films sont cryptés, donc inexploitables en dehors des projecteurs numériques. Les distributeurs nous transmettent une KDM (clés de décryptage) par film et pour une période d’exploitation convenue entre eux et l’exploitant.»

Norbert ne se contente pas d’appliquer des programmes, il est enthousiaste à l’idée de comprendre comment les technologies fonctionnent. Récemment, Peggy Vallet, la Directrice du Studio, lui a par exemple proposé de suivre un stage de formation afin de pouvoir créer des cartons animés.  Ainsi, il aime évoluer et par conséquent participer à faire évoluer son métier qui en vingt ans a connu de grands changements. De la même façon, il apprécie de faire varier les expériences de projection :

« Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de faire des projections en plein air à la Villette pendant un été. Ce fut pour moi une expérience mémorable. Je me suis retrouvé à faire des projections pour des milliers de spectateurs, sur un écran gonflable de 600m², avec une équipe de plus de dix personnes, moi qui, d’ordinaire, travaille seul dans ma cabine, pour une salle de 127 fauteuils ! »

Projectionniste : un métier déconsidéré ?

En maître des lieux, Norbert nous fait la visite de son « cocon », en partant de l’ancien projecteur 35mm jusqu’à son bureau fourni, sans manquer de nous présenter des rushes de pellicules de bobines de films, trésors égarés de sa cabine dont il souligne le caractère unique :

 « Ici, mes conditions de travail sont exceptionnelles comparées à d’autres cinémas. J’ai de l’espace, une ouverture sur l’extérieur et une belle décoration… de mon cru ! J’ai remplacé les anciennes affiches par des affiches plus contemporaines, en prenant soin d’en conserver certaines, comme l’affiche originale d’Une Femme Sous Influence de John Cassavetes ».

Norbert affectionne la cabine de projection, cet espace quotidien qui est son lieu de travail et qu’il s’est réapproprié le long de son parcours. Néanmoins, il constate, depuis cet espace vécu, l’évolution de son métier.

« Depuis 2014, les cinémas n’ont plus l’obligation d’embaucher des projectionnistes diplômés. Le CAP d’opérateur projectionniste n’existe plus ! […] Depuis l’avènement du numérique, notre métier est totalement déconsidéré ! Quand je lis certains profils de poste exigés aujourd’hui, je suis effaré : projection, accueil, caisse, compétences en bâtiment, animation jeune public, gardiennage, nettoyage de la salle… Je connais des projectionnistes qui, écœurés, ont abandonné le métier. Nous sommes envisagés comme des factotums corvéables à merci sous prétexte de polyvalence ! Ce qui me révolte le plus, c’est qu’on exige de nous des compétences techniques, étendues, parfois pointues, sans les reconnaître ! Heureusement, certains cinémas continuent de nous respecter, comme ici au Studio d’Aubervilliers. Notre métier, car il s’agit d’un vrai métier, n’en déplaise à nos contempteurs, disparaît : je suis conscient d’être un des derniers ‘‘dinosaures’’ de la profession… »

Malgré ce regard critique, Norbert éprouve beaucoup de plaisir à être et à pouvoir se revendiquer comme projectionniste ; les rencontres, la surprise et le plaisir du cinéma en tant que rituel restent pour lui important et c’est ce qui fait la particularité de son métier, maillon indispensable aux métiers du cinéma. Il résume ainsi son plaisir cinéphilique (tout en rappelant joyeusement la capture d’images par son regard omniscient), et la nécessité du lien social que sous-tend l’existence d’un cinéma de quartier :

« Il est une autre source de motivation pour moi, plus profonde peut-être : c’est de voir des gens se déplacer, venir au cinéma, payer leur place, partager ensemble un moment cinématographique, puis échanger, débattre. C’est un rituel auquel je suis très sensible. »

Clap de fin

Dans le futur, Norbert souhaite continuer à développer sa créativité, notamment écrire, dessiner et réaliser. Alors qu’il travaille dans l’ombre de la salle, les lumières, les couleurs et le mouvement sculptent sa sensibilité. Nous lui souhaitons de pouvoir réaliser ses rêves. Et vous, lecteurs-spectateurs et lectrices-spectatrices, lorsque vous vous rendrez au cinéma Le Studio, qui sait, vous apercevrez peut-être Norbert, derrière la lucarne…

Brève critique des courts métrages

Article préparé par Elcira Leyva Quintero

ICI- de Cayetano Espinosa

Le réalisateur Cayetano Espinosa choisit l’Amazonie péruvienne comme lieu de déroulement de son film en reconstruisant l’histoire de deux femmes de la communauté indigène “Isconahua”. À travers leurs témoignages de mémoire, leur douleur et leur sentiment de deuil, les femmes retracent le processus de déplacement et la perte d’identité dont souffrent les communautés indigènes de cette région en raison d’un système de développement occidental qui rend invisible les droits des communautés ancestrales. Le récit oral des femmes sur des événements passés présente des similitudes avec une étude de type anthropologique. La construction du scénario, à partir de l’usage de la langue ancestrale des protagonistes du film, permet aux spectateurs de construire une relation intime entre mémoire et identité collective. Le récit oral des protagonistes offre un regard critique qui donne la parole aux femmes et explore aussi l’univers féminin des communautés indigènes.

L’immensité du paysage amazonien vient renforcer visuellement les luttes de résilience féminine autour de la défense du territoire et la prévalence des sons de la nature est utilisée comme élément clé pour démontrer l’isolement et l’invisibilisation des problématiques des communautés ancestrales dans des régions rurales de l’Amérique Latine. La caméra apparaît donc comme un témoin des histoires de vie personnelles et des formes de vie alternatives actuellement en voie de disparition. ICI “ utilise le territoire et l’image pour créer un essai sociologique, dans ce cas un essai documentaire”.[1] Il ouvre la porte à l’exploration des structures sociales et des logiques de pouvoir et de domination intrinsèques dans les territoires les plus reculés de l’Amérique Latine. 

SOL NEGRO de Laura Huertas Millán

À travers la mise en scène de Sol Negro, la réalisatrice Laura Huertas Millán nous introduit dans l’univers d’une réalité toujours “tabou” dans les sociétés contemporaines, celle de la mélancolie et de la dépression (souffrances mentales très répandues aujourd’hui et qui, en général, affectent de manière très différenciée hommes et femmes). Affectée directement par ces sentiments, le personnage principal, Antonia Marin, construit un récit sur la relation entre ses sentiments et l’influence des liens familiaux et des expériences passées en montrant comment elles touchent son cercle des personnes plus les proches.

La douleur et la réflexivité sont les éléments principaux des récits construits tout au long du film qui utilisent la figure féminine comme outil principal principal de dialogue entre des individus qui souffrent directement ou indirectement des luttes internes du personnage principal. La voix féminine est donc une sorte de témoin d’une histoire de vie avec des contrastes qui révèlent des épreuves personnelles endurées par la protagoniste en essayant de reconstruire un regard réflexif et compréhensif des expériences et des événements passés.

Bien que la douleur soit un élément constitutif de la dynamique narrative du film, la capacité de réflexivité et le dialogue ouvert autour des expériences douloureuses constitue un outil pour construire un sentiment  d’espoir autour de l’histoire de vie des individus ainsi qu’un outil important pour comprendre le postulat psychanalytique freudien qui nous parle de la capacité humaine à transformer le passé par la reconstruction de formes renouvelées d’association et de réflexion.

HORSE DAY de Mohamed  Bourouissa

Mohamed Bourouissa, de nationalité franco-algérienne, explore les dynamiques d’association et de construction d’identité collective des membres d’une communauté urbaine à Philadelphie aux États-Unis autour de la préparation d’un événement culturel et artistique particulier auquel tous les habitants (une population majoritairement migrante aux origines ethniques, culturelles et religieuses diverses) participent activement. Le film se déroule donc à partir de la mise en œuvre de la compétition annuelle des Cavaliers, une activité culturelle particulière que rassemble des habitants d’un quartier défavorisé de Philadelphie.

Horse Day parvient à dépeindre des expériences de savoir vivre en communauté avec des groupes aux origines ethniques et culturelles différentes. Le film réussit à capturer la façon dont il est possible de construire des liens de solidarité, d’amitié et des expériences pacifiques de vie en commun dans un même territoire avec des personnes aux origines différentes. Les liens de travail en équipe et des points communs sont, pendant le film, mis en valeur comme une manière de construire des liens de solidarité et d’échange autour d’une activité pour renforcer les liens d’appartenance à un territoire.

La compétition des Cavaliers qui se déroule dans le quartier, constitue une activité qui vient renforcer les liens de construction d’identité collective autour des logiques de loisir et de partage avec des membres des quartiers défavorisés de Philadelphie. Comme les participants l’affirment : « Peu importe de remporter le prix, le but est de s’amuser autour d’une activité construite en collectivité ». La mixité est donc exprimée comme la possibilité de construire des liens et de détruire des barrières de stigmatisation dans des sociétés avec un grand degré de mixité sociale et culturelle.


[1]VANDER GUCHT, Daniel. « Ce que regarder veut dire. Pour une sociologie Visuelle », Paris, Les impressions Nouvelles 2017, page 217.

« O Processo »: bilan de la projection du 11 octobre

Article préparé par Elcira Leyva Quintero

Deux intervenants ont participé à la présentation et au débat du film O processo projeté le vendredi 11 octobre: Alberto da Silva, maître de conférences à Sorbonne Université et Carlos Gutierrez, sociologue brésilien. Ils ont présenté le contexte socio-politique dans lequel se déroule le film de la réalisatrice brésilienne María Ramos et ont donné des clés au public pour comprendre, à partir du film, l’ascension de l’extrême droite au Brésil, représentée par le président Jair Bolsonaro.

Après la projection du documentaire la discussion s’est tout d’abord focalisée autour des éléments centraux de la réalisation du film. Le film est un récit audiovisuel qui suit un événement très important pour l’histoire politique contemporaine du Brésil : la destitution de la présidente de la République Dilma Rousseff. La réalisatrice  nous offre donc un regard subjectif sur cet événement mais aussi un regard dialectique qui permet aux spectateurs de connaître et d’éprouver à travers le grand écran les tensions politiques et les postures ideologiques qui se sont opposées autour du processus juridique et politique de destitution de l’ancienne chef d’état.

En utilisant une méthode nettement observationnelle où la caméra suit de façon très proche, quasi intime, les protagonistes et les personnages politiques impliqués dans cet événement qui a marqué le commencement d’une période dans laquelle les dirigeants conservateurs et  d’extrême droite ont acquis une place importante sur la scène politique du pays, la réalisatrice réussit à construire, grâce au montage, un récit qui permet aux spectateurs de participer à ce moment historique et d’en comprendre la complexité.

Il est important de mentionner que l’idée de ce film n’a surgi que quelques jours avant les événements mentionnés. La directrice a réussi à obtenir l’autorisation de filmer à l’intérieur du Congrès. Grâce à cette autorisation et  à l’accord des dirigeants politiques impliqués, la construction du scénario et du film a été possible.

La destitution de Dilma Rousseff a constitué seulement l’un des résultats d’une série d’événements politiques importants qui démontrent la fragilité de la démocratie brésilienne et surtout la perte de crédibilité du Parti des Travailleurs auprès du peuple brésilien ainsi que la campagne pour jeter le discrédit sur le PT de la part des différents médias.

Bien que la réalisatrice souhaitais également donner la parole au peuple brésilien, ce n’est pas le sujet principal du film, et il s’agit avant tout de montrer les mécanismes de fonctionnement à l’intérieure du congrès, les tensions crées autour des événements racontés et des problématiques propres au processus juridique de destitution. Cette destitution est l’un des éléments qui ont contribué au phénomène d’ascension de Bolsonaro.

Les intervenants ont insisté sur la nécessité de comprendre que la destitution de Dilma Rousseff est l’aboutissement d’un contexte politique particulier au Brésil ce qu’ils ont  qualifié de contexte politique d’empêchement. Le Parti de Travailleurs a souffert de la campagne de discrédit à travers Facebook et sur les différents réseaux sociaux (une analogie structurelle peut d’ailleurs être soulignée entre l’ascension de Donald Trump aux Etats Unis et le Brexit au Royaume Uni). Cette campagne a mis l’accent sur une problématique particulière, dans ce cas, la corruption, ce qui a rendu invisible les autres problématiques sociales et politiques plus importantes.

La réalité au Brésil est complexe et les intervenants affirment qu’une certaine partie de la population du pays n’accepte pas l’évolution de la démocratie moderne et, par conséquent, vive dans la reproduction de schémas qui viennent du esclavage. Bien que Le parti de Travailleurs ait proposé un programme social (plus d’investissement pour l’éducation et pour la santé publique), on ne peux pas oublier qu’il a mis en place une politique économique néolibérale passive. De plus, des événements comme la crise fiscale et la dette publique ont plongé l’Etat dans un énorme crise fiscale qui à participé á la crise de crédibilité du mouvement de l’ancienne présidente. Toute cela pour conclure que Brésil est un pays dans lequel la démocratie n’est pas ancré et que l’ascension de Bolsonaro est la preuve d’un gouvernement anti-démocratique. C’est dans cette perspective que le film offre un regard très pédagogique sur l’actualité au Brésil.

Pour finir, Marianne Bloch-Robin  mentionne le prochain  film de la réalisatrice Maria Ramos qui traitera du procès de Fernando Lula et nous sommes impatients d’assister à la projection de ce documentaire.

Retour en images sur la soirée du 11 octobre

Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: Héloïse Van Appelghem
Photo: ERFV
Photo: ERFV
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Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
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Photo: ERFV
Photo: ERFV
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Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV

« In Jackson Heights »: bilan de la projection du 12 octobre 2019

Article préparé par Laura Cahier

Le samedi 12 octobre, sixième jour du Festival du documentaire de l’Institut des Amériques, a été l’occasion de mettre à l’honneur le travail du documentariste étatsunien Frederick Wiseman. Durant près de trois heures, le documentaire In Jackson Heights (2015) a transporté le public nombreux du Cinéma Le Studio à Aubervilliers, jusque dans un petit quartier du Queens, à New York.

Ariane Hudelet, maîtresse de conférence en études anglophones à l’Université Paris Diderot et spécialiste des séries télévisées américaines du XXIème siècle, est intervenue en début de séance afin de contextualiser l’œuvre de Frederick Wiseman. Rappelant qu’il est l’un des plus grands documentaristes contemporains, elle a dépeint ce qui fait la spécificité de son œuvre, à savoir sa capacité à filmer des institutions et à en faire ressortir les sens. Aujourd’hui âgé de 89 ans, le réalisateur, scénariste, producteur, monteur et même preneur de son continue d’utiliser la caméra afin de documenter, avec une précision filmique unique, les institutions étatsuniennes.

Dans son quarante-deuxième documentaire, Frederick Wiseman braque sa caméra sur un quartier du Queens, appelé Jackson Heights. Il s’est ainsi rendu avec une équipe de trois personnes durant neuf semaines dans ce quartier newyorkais, dont l’histoire et la vie quotidienne sont marqués par un dynamisme constant et une diversité unique. Le réalisateur nous transporte bien loin des images de New York auxquelles les média de masse nous ont habitués, en nous plongeant dans des réunions d’associations pour les droits des personnes LGBTI et des travailleurs latino-américains, dans les lieux de rassemblement des communautés juives, musulmanes, sud-américaines, dans une maison de retraite ou encore dans la mairie du quartier.

L’esthétique de In Jackson Heights reflète les choix forts et engagés d’un artiste qui se revendique comme auteur de fiction. Si son œuvre se démarque par le refus de toute voix off, de narration ou d’entretiens, Wiseman croit au travail de sélection lors du montage et refuse l’objectivité. La forme filmique du documentaire ainsi que sa durée – plus de trois heures –intègrent le spectateur dans la vie d’un quartier. Les images tournées dans les lieux publics et symboliques de Jackson Heights sont le matériau brut qu’il a ainsi remodelé, au travers de centaines d’heures de visionnage et de montage, afin de sélectionner les instants, les sons et les plans qui, une fois assemblées, permettent d’en représenter les dynamiques sociales et politiques.

Au travers de ce documentaire, Frederick Wiseman semble poser la question de ce qui relie les individus et communautés qui vivent dans un environnement marqué par une diversité culturelle, linguistique et religieuse unique. Derrière une fragmentation de surface, un film séquencé et monté selon un schéma répétitif, Wiseman démontre la force de l’engagement des habitants pour rendre ce quartier vivant ainsi que s’en approprier le destin et les problématiques. La condition des travailleurs migrants, les attaques homophobes, la hausse des prix des loyers, l’installation de grands groupes commerciaux, les menaces sur les 167 langues parlées à Jackson Heights ou la gentrification sont autant de thématiques qui inquiètent les habitants. Pourtant, le travail, les réunions de groupe, la transmission des connaissances et des cultures, la vie associative font de cet espace le creuset d’une société éminemment plurielle et reliée par des synergies dont l’objectif est la préservation de leur quartier face à ces bouleversements.

Finalement, loin des images de Manhattan, du Brooklyn Bridge ou de la 5ème Avenue, le documentaire de Frederick Wiseman dépeint l’envers du rêve américain – l’American Dream, mis à mal par des forces destructrices, liées notamment à l’exacerbation du capitalisme, à la hausse des inégalités économiques, et à une forme d’intolérance par rapport aux droits de certaines minorités ou des migrants. Cependant, au-delà des dysfonctionnements, les habitants de Jackson Heights apparaissent à l’écran comme des acteurs mobilisés pour que leurs communautés continuent de vivre ensemble, dans toute leur diversité. E Pluribus Unum.   

Retour en images sur la projection du 12 octobre 2019

Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: ERFV
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios
Photo: Tania Romero Barrios

Marges et diversités créatrices dans les Amériques, depuis les courts métrages. Soirée de projection des courts métrages sélectionnés par le jury de doctorant.e.s.

Article préparé par Alice Langlois

Dans le cadre du festival Le documentaire engagé dans les Amériques, un programme de trois courts métrages soutenus par l’association Cinéma 93, représentée ce jeudi 10 octobre par Léa Colin et Julie Guéan,ont été projetés.

La soirée a été également dédiée à la présentation de toute l’équipe de doctorant.e.s provenant de divers horizons académiques. Cette équipe a participé à la préparation de cet événement, a choisi les courts métrages parmi une sélection proposée par Cinéma 93 et a permis que le festival soit un moment convivial et interactif propice à l’échange sur les Amériques contemporaines. Ainsi, grâce à ce groupe motivé et impliqué, intervenants, réalisateurs et spectateurs ont eu l‘opportunité  d’échanger après chaque projection.

Cette soirée proposait de mettre le cap sur le Pérou, les États-Unis d’Amériques et la Colombie avec un objectif : visibiliser et questionner les marges qu’elles soient territoriales, sociales, affectives, individuelles et/ou collectives.

Ici, de Cayetano Espinoza évoque à travers les gestes quotidiens d’une mère et de sa fille leur souvenirs de leur périple migratoire vers la région de Ucayali au Pérou.

Horse day, de Mohammed Bourouissa met en scène des cavaliers des écuries de Fletcher Street à Philadelphie qui se préparent et concourent pour un festival de « tunning équestre ».

Sol Negro de Laura Huertas Millán, qui nous a honoré de sa présence lors de cette projection, met en lumière de façon mystérieuse le désespoir, les liens familiaux et la résilience féminine. Dans une Colombie où le processus de paix commence à se construire, Antonia, chanteuse lyrique, invite à penser les procédés de reconstruction, les imaginaires intimes, familiaux et collectifs.

Avant de laisser la parole à l’échange, Laura Huertas Millán a remercié le comité d’organisation ainsi que le public qu’elle a invité à la découverte du court métrage.

Cinéma 93 a également présenté son rôle au sein du festival pour rappeler de quelles manières l’association apporte son soutien aux films. Léa Colin a aussi expliqué aussi le processus de diffusion des courts métrages en région parisienne. L’objectif est de renforcer les liens avec des structures culturelles pour créer des rencontres cinématographiques entre les réalisateurs et les habitants de la Seine Saint Denis.

Suite à la projection, Eva-Rosa Ferrand Verdejo et Maud Cazaux ont accompagné Laura Huertas Millán  qui a répondu à de nombreuses questions relatives aux modalités de son projet personnel, à sa recherche cinématographique, mais surtout aux problématiques de genre et de violence.

Soleil noir, le courage d’un film intime et mélancolique :  

Laura Huertas Millán évoque sa volonté d’élaborer un film en tension entre fiction et expérience personnelle. Elle explique que le film provient d’une nécessité dont elle ne pouvait plus échapper en résonnance avec le processus de migration qu’elle expérimentait depuis la France. Elle met en perspective sa trajectoire personnelle avec les évènements qui ont touchés sa famille. Depuis ses lectures anthropologiques, elle décide alors de renverser l’idée d’altérité  au cinéma mais surtout, les façons dont le cinéma colombien évoque l’altérité : au lieu de focaliser son regard vers quelque chose de général, elle préfère ouvrir la boite de pandore où l’intimité familiale oscille entre mélancolie et résilience.

La réalisatrice ne voulait pas faire un documentaire d’observation mais réinventer la fiction, co-créer. Se raconter autrement en passant par l’ouverture entre elle et le personnage principal d’un espace de jeu. En ce sens, l’expérience est hybride tout comme le scénario et les discussions avec sa famille. Aussi, l’équipe de tournage a évolué en fonction des éléments tournés. Elle  dévoile qu’elle a dû retourner seule en Colombie pour capter des images complémentaires pour son film. Terminer le tournage c’était ancrer le scénario sur la liberté des acteurs dans leur façon de s’exprimer. Ainsi elle perçoit son film comme un trompe l’œil car il peut être pris pour un documentaire d’observation. La création se trouve en tension entre une co-construction hybride où jeu et ethnographie se retrouvent enracinés dans la fiction des acteurs « naturels ».

Violence et féminité depuis la Colombie à travers le regard de la cinéaste :

Cette période de violence qu’a traversé la Colombie, la réalisatrice la ressentait depuis le début et elle l’utilise en affirmant  au sein des images l’idée que le personnel et l’intime est forcément politique. Cette question traverse le film par l’idée même du traumatisme psychique. En effet, dans le processus thérapeutique de plusieurs personnages, les tensions sociales se ressentent. « Les corps et les esprits se retrouvent face à la maladie ». La violence, bien réelle, qui infuse la vie quotidienne des colombiens, devait être évoquée dans cette fiction sans aliéner pour autant les narrations familiales.

 Conclusion, l’expérience complexe de la part d’ombre dans la fiction

« Plusieurs choses n’ont pas vocation à être dites ». Dans sa façon de faire et parce qu’elle vient d’un champ culturel où la construction du récit contemporain cherche des formes circulaires de narration, la réalisatrice invite le spectateur à se laisser porter par les propositions expérimentales parfois opaques, dont il fait partie. Le spectateur intègre l’œuvre, s’y perd, s’y retrouve, mais surtout, il s’engage avec Laura Huerta Millán à faire partie des relations complexes que produit l’humanité.

Retour en images sur la soirée du 10 octobre!

Photo: ERFV
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Photo: ERFV
Photo: ERFV
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Photo: ERFV
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Photo: ERFV

Bilan de la projection du film « Batallas íntimas » de Lucía Gajá, le 9 octobre 2019

Article préparé par Héloïse Van Appelghem

Lucía Gajá, invitée d’honneur du Festival Photo: ERFV

Le mercredi 9 octobre marquait la troisième soirée du festival Le documentaire engagé dans les Amériques, au cinéma Le Studio à Aubervilliers, avec la projection de Batallas íntimas de Lucía Gajá pour la première fois en France. La réalisatrice est l’invitée d’honneur du festival, venue spécialement du Mexique pour présenter son film porteur d’un discours puissant, et pour débattre avec le public après la séance.

Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: ERFV

Dans le contexte de l’après #MeToo, et un mois après la tenue du premier Grenelle contre les violences conjugales organisé par le Gouvernement en France, alors qu’une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint, le documentaire sur ces « batailles intimes » menées par les femmes aussi bien dans la sphère publique que privée était très attendu. C’était un moment fort de la semaine, où le public était au rendez-vous pour découvrir à l’écran le témoignage de cinq femmes courageuses, fortes, reliées par leurs traumas et leurs combats. Des récits pluriels et inspirants qui ont permis la tenue d’une discussion passionnante entre Lucía Gajá et les spectateurs et spectatrices en fin de projection.

Photo: ERFV

En début de séance, Tania Romero Barrios a évoqué la portée politique des films projetés pendant le festival tout en rappelant la programmation riche prévue jusqu’à dimanche, puis a laissé la parole à Marianne Bloch-Robin et Véronique Pugibet qui ont remercié Lucía Gajá. Son parcours a ensuite été présenté par Héloïse Van Appelghem : Lucía Gajá a été nommée trois fois aux Ariels de l’Académie Mexicaine des Arts et Sciences Cinématographiques, et a été récompensée d’un Ariel pour son documentaire Soy(2005) qui s’intéressait avec justesse aux jeunes enfants souffrant de paralysie cérébrale. Les différentes réalisations de Lucía Gajá portent toutes un propos social et politique engagé, au service des plus démunis, leur donnant un nouvel espace de parole et de visibilité. C’est le cas avec Mi Vida Dentro (2007) qui a recueilli sept prix dans différents festivals, et bien sûr avec Batallas íntimas.

Après la projection, Lucía Gajá est revenue sur la genèse du film. Alors qu’elle cherchait des idées pour son deuxième long-métrage, c’est un article du périodique espagnol El País sur un féminicide (un homme de soixante-quinze ans poignarde sa femme le jour de son anniversaire, pendant une réunion de famille) qui la choque et la questionne : « comment peut-on passer toute sa vie avec quelqu’un et être capable du pire ? ». Elle décide alors de faire un film autour de la violence domestique afin de comprendre les racines de cette violence et ses spécificités selon les cultures, tout en remarquant à travers ses recherches que cette violence se répète, comme un motif, selon les différents pays.

Photo: ERFV

Face à la question éthique de représenter la violence sans en faire un spectacle victimisant à nouveau les femmes qui témoignent dans le documentaire, la réalisatrice a expliqué au public qu’elle souhaitait reconstruire le récit passé de chacune en partant de leur propre voix et en excluant toute représentation graphique. Ainsi, le film ne présente aucune image de violence explicite et préfère se concentrer sur le courage de femmes qui ont dû surmonter et traverser ce processus de violence. La réalisatrice a aussi souligné l’importance du témoignage au sein du cinéma documentaire : la force de parole rendant parfois inévitable la résurgence d’événements traumatiques racontés pour certaines femmes, il était important de les accompagner par un dialogue constant, afin qu’elles puissent sortir du cadre des violences. Dans cette perspective, il était nécessaire de clôturer le film sur un lieu différent de l’espace de production des violences, afin de montrer une voie possible de sortie : le mouvement permet de montrer le parcours réalisé par chaque femme résiliente, et remplace l’immobilité induite par l’enfermement de la maison, lieu du domestique et du statique qui ouvrait le documentaire.

Lucía Gajá Photo: ERFV

Lucía Gajá a enfin souligné la force militante de son film, fait par une femme, sur des femmes. Son documentaire a été ainsi utilisé comme support éducatif au Mexique dans les collèges afin de visualiser le processus des violences, déconstruire les stéréotypes et la réification des femmes, afin de lutter contre les féminicides. En proposant des féminismes pluriels, portés par la langue maternelle de chacune, qu’elle soit finlandaise, étatsunienne, mexicaine, indienne ou espagnole, la réalisatrice réussit à reconstruire un espace de parole légitime. Cet espace « safe », d’écoute et de confiance exclue toute voix masculine susceptible de remettre en question les violences domestiques, et permet d’aider de possibles spectatrices violentées à prendre conscience des maltraitances dont elles sont victimes pour s’en sortir.

Ainsi, Batallas íntimas suscite autant l’émotion que la réflexion, permettant de s’interroger en tant que société sur le système patriarcal et la reproduction des violences qu’il produit, tout en donnant à voir le long chemin de résilience parcouru par des femmes dont la force de vie génère l’admiration.

Retour en images sur la soirée du 9 octobre 2019!

Marianne Bloch Robin, Véronique Pugibet, Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Le public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Le public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Le public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Véronique Pugibet et Marianne Bloch Robin Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Michelle Salord López Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Michelle Salord López Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Tania Romero Barrios Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá, Tania Romero Barrios et Héloïse Van Appelghem Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Elcira Leyva Quintero Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Lucía Gajá Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo

Bilan de la projection du film « La fin des Terres » de Loïc Darses, le 8 octobre 2019

Article préparé par Maud Cazaux

Nous tenons à remercier Serge Jaumain pour son implication dans cette soirée ainsi que notre public, que nous invitons à nous rejoindre ce soir pour la projection de Batallas Intimas, qui sera suivie d’un débat avec la réalisatrice Lucía Gajá!

Le mardi 8 Octobre, s’est déroulée la deuxième soirée du Festival de documentaires engagés dans les Amériques, au cinéma Le studio à Aubervilliers avec la projection du film La fin des terres du jeune réalisateur québécois Loïs Darses. Lors de la présentation, les doctorantes Laura Cahier et Alice Langlois ont tout d’abord souligné le lien entre esthétique et politique dans les films sélectionnés pour cette édition. En effet, ces films qui travaillent des thématiques sociétales et environnementales, interrogent à travers des dispositifs filmiques variés les possibilités d’agir et de lutter. Ainsi, le film projeté lors de cette soirée, La fin des terres, de Loïc Darses, interroge l’impasse politique dans laquelle se trouve le Québec autour des problématiques de l’autonomie du pays, de l’environnement et des questions autochtones.

Pour développer ces thématiques et présenter les enjeux de ce documentaire dans le contexte canadien contemporain, le festival a invité Mr Serge Jaumain, professeur en Histoire contemporaine à L’Université Libre de Bruxelles, dont les travaux portent notamment sur les relations Canada-Europe.

La fin des terres, propose 17 témoignages de jeunes québécois.e.s qui exposent par un récit en voix-off leur vision du Québec actuel. Leur récit qui revisite la question de l’identité en la liant au territoire se cristallise autour d’un événement majeur dans l’histoire du Québec contemporain : le référendum de 1995. Celui-ci a vu le projet d’indépendance du Québec échouer par un vote négatif et représente ainsi un moment de rupture dans l’histoire québécoise. Serge Jaumain, précise que ces témoignages évoquent un autre référendum celui de 1980 qui avait aussi refusé l’indépendance du territoire à 60%. Il spécifie alors qu’à partir des années 1960, le Québec a connu une période libérale et une augmentation des richesses. Cette période appelée « la révolution tranquille » a été un moment de transformation du Québec où le pouvoir clérical a diminué. C’est à ce moment-là qu’un rapport au nationalisme, plutôt de gauche s’est développé. Ce mouvement prend alors de l’ampleur jusqu’au moment du référendum que le parti pensait gagner. Depuis lors, les gouvernements essayent de trouver des solutions alors que les propositions sont rejetées par les québécois.

Serge Jaumain Photo: Michelle Salord López

Dans La fin des terres, le récit de ces jeunes adultes qui n’ont pas voté ou connu ce référendum, expose la difficulté pour la jeunesse de se situer dans un débat à la fois identitaire, culturel et politique qui découle de cette situation instable. Les questions liées à « un ancien monde » et celle de la transition vers un autre avenir reflètent les sentiments de la jeunesse tiraillée entre l’appartenance à un territoire et une identité et le rejet d’une politique qui a décimé les autochtones et leur culture.

Les questions du public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo

A la suite de la projection, une spectatrice fait part de son intérêt pour le dispositif filmique qui entremêle aux multiples voix-off, des plans urbains et de paysages vidés de toute présence humaine. Par ce montage, le réalisateur soumet les images au discours et nous amène à écouter avec attention ces témoignages. L’homogénéité portée par le discours a été interrogée par le public. A ce sujet, Serge Jaumain précise que cette forme de consensus dans le discours des jeunes n’est pas représentative de toute la jeunesse québécoise, mais plutôt celle d’une classe privilégiée et/ou intellectuelle. Enfin, pour l’historien, le film La fin des terres soulève la singularité de la problématique identitaire du Québec où l’attachement à une identité nationale se veut inclusive et ouverte.

Retour en images sur la soirée du 8 octobre

Laura Cahier et Alice Langlois présentent le festival et l’intervenant Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Laura Cahier et Alice Langlois présentent le festival et l’intervenant Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Maud Cazaux, Laura Cahier et Alice Langlois tirent au sort les gagnants des 2 places pour le festival! Photo: Michelle Salord López
Maud Cazaux, Laura Cahier et Alice Langlois tirent au sort les gagnants des 2 places pour le festival! Photo: Michelle Salord López
Le tirage au sort! Photo: Michelle Salord López
L’heureuse gagnante de deux places pour le festival! Photo: Michelle Salord López
Le public Photo: Michelle Salord López
Les questions du public Photo: Michelle Salord López
Les questions du public! Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Véronique Pugibet Photo: Michelle Salord López
Serge Jaumain Photo: Michelle Salord López
Laura Cahier et Alice Langlois Photo: Michelle Salord López
Serge Jaumain Photo: Michelle Salord López
Photo: Michelle Salord López
Les questions du public Photo: Michelle Salord López
Elcira Leyva Quintero Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Michelle Salord López Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Laura Cahier Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Serge Jaumain Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Laura Cahier Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Les questions du public Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo

“Un yuyo subversivo” (une mauvaise herbe subversive): bilan de la projection du film Le Grain et l’Ivraie (Viaje a los pueblos fumigados) de Fernando Solanas (7 octobre 2019)

Article préparé par Eva-Rosa Ferrand Verdejo

La première édition du Festival « Le documentaire engagé dans les Amériques » a officiellement débuté hier soir avec la projection du documentaire Le Grain et l’Ivraie du cinéaste argentin Fernando Solanas. Pour l’occasion, nous avons eu le grand honneur d’accueillir Paul-Henri Giraud, Secrétaire Général de l’Institut des Amériques, Julie Amiot Guillouet, professeure à l’Université de Cergy Pontoise et spécialiste en cinéma hispanique, Cathie Allier, représentante du Collectif Climat d’Aubervilliers et Vincent Bidaux, représentant du mouvement Nous voulons des coquelicots. Marianne Bloch Robin (Sorbonne Université) et Angélique Saverino (Institut des Amériques), organisatrices du festival, ont expliqué le choix de la thématique et présenté la programmation des jours à venir. La discussion avec Julie Amiot Guillouet, Cathie Allier et Vincent Bidaux suite à la projection du film a été animée par trois des doctorantes membres du Jury du festival : Alice Langlois, Pascale El Dib et Maud Cazaux.

Nous tenons à remercier chacun de nos invités pour son implication dans cette première soirée, ainsi que notre public, que nous invitons à nous rejoindre ce soir pour la projection de La Fin des Terres, de Loïc Darses !

Marianne Bloch Robin et Angélique Saverino (photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo)

Un film engagé qui propose également une réflexion sur le cinéma

Julie Amiot Guillouet (photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo)

Julie Amiot Guillouet a ouvert la discussion qui a suivi la projection du film en le situant dans la filmographie de son réalisateur et en soulignant certains aspects importants d’un film dont la thématique est au cœur des préoccupations actuelles et dont la valeur cinématographique est considérable.

Ainsi, Viaje a los pueblos fumigados (Le Grain et l’Ivraie) est le dix-huitième long métrage de Fernando Solanas, l’une des figures phares du cinéma documentaire engagé. Le documentaire s’inscrit dans la dernière étape de la filmographie de Solanas : auteur de quatre documentaires militants tournés avant la dictature argentine – en particulier le  film-fleuve mythique La hora de los hornos (1968), il poursuit une production de film de fictions en exil, puis en Argentine, et revient au documentaire dans les années 2000, dans un pays en proie à la crise économique et aux inégalités sociales, avec un cinéma engagé qui ouvre le dialogue sur le démantèlement de l’économie argentine et des liens sociaux.

Pascale El Dib (photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo)

Le film rend hommage à des scènes marquantes du cinéma international et national. Ainsi, l’image de l’avion qui passe au-dessus du champ ne manque pas de rappeler au spectateur la célèbre séquence de La mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, un classique des films d’espionnage. De même, Solanas rend hommage à l’un des grands noms du cinéma documentaire argentin, Fernando Birri, un des pionniers du Nouveau Cinéma Latinoaméricain, fondateur de la « Escuela de Santa Fe », et réalisateur, notamment, du film Tire Dié (1960), qui s’intéresse aux conditions de vie des populations les plus défavorisées à Santa Fe, en Argentine.

Alice Langlois (photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo)

Viaje a los pueblos fumigados se propose de rendre visible une réalité qui n’est pas évidente pour tout le monde et tourne ainsi le dos à la ville pour aller filmer des endroits dans lesquels le cinéma n’a pas l’habitude de se rendre. Il s’agit donc de rendre visible un véritable problème social qui nous concerne tous mais qui est particulièrement grave dans les communautés rurales autochtones, qui ne sont pas toujours écoutées ou valorisées.

Solanas profite de son œuvre pour fournir une véritable réflexion sur le cinéma documentaire : loin d’aspirer à une objectivité qui serait par ailleurs impossible à atteindre, Solanas donne à son film une dimension réflexive et se met en scène, souvent caméra à la main. Ainsi, le réalisateur souligne le rôle du cinéaste documentaire : rendre visible ce qui est caché. 

Au-delà du film

Vincent Bidaux (photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo)
Cathie Allier et Vincent Bidaux (photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo)

Nous avons ensuite profité de la présence de Cathie Allier, représentante du Collectif Climat d’Aubervilliers et de Vincent Bidaux, représentant du mouvement Nous voulons des coquelicots afin de poursuivre le débat sur la question de l’usage des pesticides – question qui n’est bien entendu pas propre à l’Argentine mais qui est également d’actualité en France. L’objectif de ces associations est de faire en sorte que les citoyens se mobilisent et se rendent visibles afin d’encourager et soutenir les agriculteurs, les responsables des espaces verts de villes, et toute personne désireuse de retrouver une alimentation libre de pesticides afin d’en obtenir l’interdiction. Les différentes mobilisations sociales qui animent le monde laissent deviner une prise de conscience de la part des citoyens ainsi qu’une volonté de sortir de l’individualisme pour renouer les liens sociaux et reconnecter avec le vivant.

Retour en images sur la soirée d’ouverture

Maud Cazaux interroge Julie Amiot Guillouet sur la trajectoire de Fernando Solanas Photo: Michelle Salord López
Les questions du public Photo: Michelle Salord López
Discussion Photo: Michelle Salord López
Cathie Allier Photo: Michelle Salord López
Pascale El Dib Photo: Michelle Salord López
Julie Amiot Guillouet Photo: Michelle Salord López
Le public Photo: Michelle Salord López
Les intervenants Photo: Michelle Salord López
L’heureuse gagnante de deux places pour le Festival de cinéma! Photo: Michelle Salord López
Les intervenants Photo: Michelle Salord López
Les intervenants Photo: Michelle Salord López
Les intervenants Photo: Michelle Salord López
Pascale El Dib et Alice Langlois Photo: Michelle Salord López
Alice Langlois Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Alice Langlois Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Julie Amiot Guillouet Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Marianne Bloch Robin et Angélique Saverino Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Pascale El Dib Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo
Vincent Bidaux Photo: Eva-Rosa Ferrand Verdejo

« Horseday » de Mohamed Bourouissa (États-Unis)

Horseday, de Mohamed Bourouissa, sera projeté lors de la soirée courts-métrages proposée dans le cadre du Festival Le Cinéma Documentaire Engagé dans les Amériques. Cette soirée aura lieu le jeudi 10 octobre 2019, à partir de 20h00 au cinéma Le Studio à Aubervilliers et elle se composera de la projection de trois courts métrages : Ici (Cayetano Espinosa, 2017), Horseday (Mohamed Bourouissa, 2014)et Sol Negro (Laura Huertas Millán, 2016). La projection se fera en présence de la réalisatrice de Sol Negro, Laura Huertas Millán et de l’association Cinémas 93.

Article préparé par Alice Langlois

Photogramme extrait de « Horseday » de Mohamed Bourouissa

Mohamed Bourouissa est un artiste plasticien et photographe connu pour ses œuvres souvent tirées de réalités socio-territoriales qu’il retravaille sous la forme de mythes urbains contemporains[1]. Se nourrissant à la fois d’une histoire de l’art considérée comme dominante ainsi que des réalités des sociétés subalternes, l’artiste crée « des allégories sensibles », comme expériences interculturelles. Dans le court métrage Horse day, projeté au cinéma Le Studio à  Aubervilliers, Mohamed Bourouissa partage avec le spectateur une expérience vécue avec une partie des habitants de Philadelphie. Dans le court métrage qui évoque cette rencontre entre lui et eux, le spectateur se fait à son tour témoin, d’une part, des réalités de jeunes afro-américains du quartier de Strawberry Mansion et, d’autre part, de l’ouverture d’un champs des possibles grâce à cette expérience collective. En ce sens Horse day est un documentaire engagé.

Photogramme extrait de « Horseday » de Mohamed Bourouissa

Ces jeunes invisibilisés créent leurs territorialités en donnant une nouvelle vie aux écuries de Fletcher Street : ils rachètent des chevaux destinés à l’équarrissage. Mohamed Bourouissa a découvert ce phénomène social à travers le travail de Martha Camarillo qui a photographié les écuries. Il a alors décidé de s’immerger dans ces zones urbaines en marge et de construire un évènement culturel qui joue avec les clichés et stéréotypes circulant sur et autour de ces lieux. En choisissant de filmer cette expérience, Mohamed Bourouissa interroge à son tour les liens qui se tissent à plusieurs échelles de la ville. Il construit ainsi un documentaire socio-artistique qui a la forme « d’un Western expérimental où des cowboys afro-américains[2] » paradent le temps d’un concours de beauté équin.

Ainsi,  Mohamed Bourouissa raconte les tensions de l’Amérique contemporaine.

En effet, à Philadelphie, connue pour être la ville des lumières américaines, les populations afro-américaines, venues s’installer pour fuir la ségrégation raciale à la fin du XVIIIe siècle, sont encore  marginalisées. Le regard du réalisateur renverse ainsi le mythe des colons, des cowboys et des indiens et met en scène la réappropriation de ce mythe par une partie des populations afro-américaines, dans le cœur historique d’une ville tiraillée entre des processus de ghettoïsation et de gentrification.


[1] Dossier pédagogique, Mohamed Bourouissa, Musée d’art moderne de Paris, janvier 2018.

[2] https://blogs.mediapart.fr/guillaume-lasserre/blog/230218/mohamed-bourouissa-souvenirs-dun-jour-de-parade